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Intentions du metteur en scène

Sous l’apparence d’une poésie « blanche » (pour reprendre le terme de Roland Barthes qui concevait l’écriture « blanche » dans son livre « Le degré zéro de l’écriture »), Christophe Tarkos parle bien de la langue elle-même dans son œuvre. Comment ? En rabattant l’élémentarité de la langue sur la poésie. C’est ce qui attire et qui plaît tant chez lui et qui constitue dans le même temps la source de son tragique et de son humour. Comme on ne pensait pas qu’il fût encore possible de le faire, Christophe Tarkos, dans ses recueils, révolutionne la poésie. On croyait « tout » savoir en poésie, on croyait avoir « tout » expérimenté. A cette croyance, Christophe Tarkos oppose une fin cinglante de non-recevoir. Non, nous ne savions « rien » ; non, nous ne savions pas « tout » en poésie. Remettre en cause nos certitudes est le fait du poète, cela a toujours été le cas des grands artistes. Ce rapport d’expertise sur ce que sont les choses (dixit Stéphane Keruel) (Francis Ponge aurait dit : « Le parti-pris des choses » ; on pourrait également évoquer un « inventaire à la Prévert du réel ») est le point de départ d’une révolution totale de la poésie, une ouverture absolue sur un champ infini de possibles, une incroyable re-nomination du monde, et, last but not least, par le biais d’une poésie qui n’est absolument pas obscure, absconse, énigmatique, comme Stéphane Mallarmé le roi des poètes le réclamait, mais, en dépit de son extrême élaboration, est soudainement, c’est sa force, accessible à tous !

Quand Ghérasim Luca réinitialisait le langage à chaque mot (re-dixit Stéphane Keruel), Christophe Tarkos réinitialise la poésie à chaque « poème ». C’est pourquoi sa poésie est la plus bouleversante qui soit, en termes d’émotion bien sûr, mais aussi en termes de révolution. Grâce à son principe du degré « zéro » de la poésie (descriptive, « naïve », objective, neutre), Christophe Tarkos opère le grand chambardement du genre vers une direction que personne n’attendait. L’acte visionnaire occasionne chez le lecteur-spectateur une surprise, un choc, un degré d’étonnement ! C’est cette révolution-là, jointe à la révolution du théâtre (pourquoi pas ?), que nous pourrons, acteurs, partager sur scène.

La dramaturgie évolutive du spectacle opérera d’incessants allers-retours entre l’enthousiasme et le désenchantement que procurent les révolutions, d’où l’usage immodéré de la musique inclassable de Guigou Chenevier, paré de son arsenal d’instruments hétéroclites, pour créer successivement ou alternativement, en harmonie avec les rythmes de la poésie tarkosienne, ces moments de pure JOIE (parodie d’opéra) et ces autres moments d’émouvante MELANCOLIE (« l’in-espérance » du poète ?).

Toute grande révolution comprend une énorme énergie. C’est cette énergie-là (du jeu et de la musique) (oui parodiquement nous rêvons au surdimensionnement de l’opéra !) qui fera théâtre et qui produira dans le même temps une émotion bouleversante.

Transformer le monde avec la poésie ? Et avec Christophe Tarkos ? En révolutionnant la poésie, nous révolutionnons un peu du monde - si ce n’est le monde -, mais surtout nous nous révolutionnons nous-mêmes : voilà notre enjeu et notre véritable transformation. C’est à cette révolution JOYEUSE et à cette fête MELANCOLIQUE, à cette transformation de fond en comble de nous-mêmes, et par capillarité du public, que nous convierons le « monde »…