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Récit de la mise en scène

De plus en plus (?), le théâtre (de Jean-Michel Potiron) s'élève contre l'assèchement des esprits, les dogmes, les fanatismes, les croyances, les doctrines, les certitudes, les lois intangibles...

Dans Sept, sept personnages (pris en charge par deux interprètes) relatent sept... péchés capitaux : vol, violence contre épouse, infanticide, pédophilie, pyromanie, torture sur enfant et nécrophilie...

Comme point de départ, la phrase qui servit de porte d'entrée et d'autorisation pour monter cette pièce (déjà montée en France par Stanislas Nordey, en Suisse par Guillaume Béguin) fut donnée aux comédiens (Marie Tricolini et Charly Marty). Il s’agit d’une phrase de l'homme battant sa femme : « Son nez, ses yeux. Ses lèvres ont éclaté, ses dents se sont cassées, son nez s’est brisé. J’étais presque joyeux. C’était comme une création, comme une peinture : comme de recouvrir une toile blanche. Comme de découper de jolis motifs dans du papier, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de papier. »

Un parallèle fut établi entre le théâtre et les arts plastiques. Pour chacun des aveux, les comédiens furent invités à proposer une situation plastique : « Vous n'êtes pas immoraux, simultanément à l’immoralité de vos scènes, vous faites (ou vous essayez de faire) de l'art. Le point commun entre ce que vous dites (les scènes de Dahlström) et vos actions scéniques (que vous devez trouver) est la transgression. »

A partir de là, les comédiens firent des propositions dans tous les azimuts.

1 : La cleptomane. La lampe noire et le maquillage des lèvres fluo furent proposés par la comédienne. Quand son personnage s'interroge s’il est encore en vie ou mort, la lampe noire convenait parfaitement. Ce démarrage était séduisant : « Dans le noir de la nature humaine », aurait dit La Rochefoucauld. Et puis cette bouche parlante rappelait : Pas moi de Samuel Beckett.

2 : Violence contre épouse (l’homme battant sa femme). Tout en faisant son récit, l’homme sciait une chaise sous nos yeux (la réduisant littéralement en morceaux). C’était une excellente proposition (plastique) du comédien. Parfois, elle faisait beaucoup rire. L’atteinte portée à l’intégrité de cette chaise (une par soir) (on ne touche pas impunément à l’intégrité de quoi que ce soit) équivalait à l’atteinte portée contre son épouse.

3 : La femme avortée puis infanticide. Au début des répétitions (quatre semaines), la comédienne proposait une femme, munie d'un seau et d'une brosse, nettoyant le sol. L’idée ne fonctionnant pas, elle fut abandonnée. A la place, la comédienne fut invitée à prendre quelque chose pouvant faire office d'un bébé et à se faire aimante envers cet enfant. Le texte se mit à sonner. La réponse était « plastique ». La serviette ne fut pas remplacée par un poupon.

4 : Le pédophile. Quand au cours des répétitions, le comédien fut momentanément à court d’idées, il dit : « Je me vois dire ce texte en lapin blanc. » Le comédien pensait au lapin blanc d’Alice au Pays des Merveilles. D’un autre côté, on pouvait songer à la purification, à l'innocence, à la déculpabilisation. Un costume de lapin blanc, à grande échelle, qui puisse être le doudou inoffensif, gentil de la petite fille, fut commandé à la costumière... En guise d’introduction, le comédien se mit à chanter les paroles de Chantal Goya (sérieusement au début puis en les faisant dérailler) : « Ce matin, un lapin a tué un chasseur, ououh, c’était un lapin qui..., c’était un lapin qui… » Quant à la manière de dire le texte de Dahlström : « Présente-nous ces paroles comme des vérités unanimement partagées. Affirme-nous que tu n'es pas coupable... »

5 : La pyromane. La comédienne disait le texte assise sur une chaise de façon neutre. Deux trois jours avant la première, au moment où elle met le feu à la maison, l'idée d'une pluie de paillettes tombant sur elle (réponse plastique) fut trouvée…

6 : La tortionnaire d’enfant. Pour ce monologue, l’indication était : « Habille-toi comme un sac et parle-nous avec l’énergie de cette personne habillée ainsi. » La comédienne apporta en répétitions des habits bariolés. La réponse était si inattendue qu’elle fut admise. « S'habiller comme un sac pouvait effectivement vouloir dire s'habiller de cette façon. » La comédienne ensuite devait être vulgaire…

7 : Le nécrophile. Le comédien a proposé de dire le texte sur un fond de musique (douce) qu’il composait sous nos yeux avec son i-pad. Dans un deuxième temps, le crescendo et le décrescendo du morceau furent réalisés. Le comédien devait lire le texte sous nos yeux (et non le savoir par cœur) pour conserver le côté « concert » de la proposition. Il devait également manipuler l’i-pad avec neutralité. La réconciliation de cette dernière scène (grâce à la musique) n’était qu’apparente ; le texte présentant un nécrophile, la scène n’était pas réconciliatrice du tout.

L'enchaînement des différents styles entre les séquences ne constituait aucune gêne puisque leur point commun était « leur tentative plastique. »

Aller au théâtre signifie (devrait signifier) aller à la rencontre d'un processus. Si, par l'unité d'un style, par exemple, on comprend tout de suite où l’on va : cela n’intéresse pas. Ce qui intéresse au théâtre ou en arts plastiques, c'est lorsque le spectateur ne sait justement pas où il va et qu’il découvre au fur et à mesure le « lieu » où il est convié.

L'interprétation de la pièce par le spectateur doit toujours être renouvelée, faite de surprises ; ce qui contribue à mettre le spectateur dans une écoute attentive, active.

Tout le monde n'a pas aimé Sept. Politiquement trop incorrect ?

Beaucoup l'ont aimé.

Celles et ceux qui l'ont aimé ont dit : « Affreusement bien ! » « Effroyablement jouissif ! » « Produit garanti sans édulcorant. » « A voir même si cela fait plus que froid dans le dos ! » « On croirait assister à la rencontre d'une société anonyme clandestine... » « Belle langue, beaux acteurs, mise en scène tendue. Du très bon. »