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Manuscrit du spectacle

Debord (1)

« Ces Commentaires sont assurés d’être promptement connus de cinquante ou soixante personnes ; autant dire beaucoup dans les jours que nous vivons, et quand on traite de questions si graves. » « Il faut également considérer que, de cette élite qui va s’y intéresser, la moitié, ou un nombre qui s’en approche de très près, est composée de gens qui s’emploient à maintenir le système de domination spectaculaire, et l’autre moitié de gens qui s’obstineront à faire tout le contraire. Ayant ainsi à tenir compte de lecteurs très attentifs et diversement influents, je ne peux évidemment parler en toute liberté. Je dois surtout prendre garde à ne pas trop instruire n’importe qui. »

Debord (2)

« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » « Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le cœur de l’irréalisme de la société réelle. » « Considéré selon ses propres termes, le spectacle est l’affirmation de l’apparence et l’affirmation de toute vie humaine, c’est-à-dire sociale, comme simple apparence. » « La société qui repose sur l’industrie moderne n’est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement spectacliste. Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. » « En tant qu’indispensable parure des objets produits maintenant, en tant qu’exposé général de la rationalité du système, et en tant que secteur économique avancé qui façonne directement une multitude croissante d’images-objets, le spectacle est la principale production de la société actuelle. »

Finkielkraut (1)

« Dans une séquence du film de Jean-Luc Godard Vivre sa vie, Brice Parain, qui joue le rôle du philosophe, oppose la vie quotidienne à la vie avec la pensée, qu’il appelle aussi vie supérieure. Fondatrice de l’Occident, cette hiérarchie a toujours été fragile et contestée. Mais c’est depuis peu que ses adversaires se réclament de la culture, tout comme ses partisans. Le terme de culture, en effet, a aujourd’hui deux significations. La première affirme l’éminence de la vie avec la pensée ; la seconde la récuse : des gestes élémentaires aux grandes créations de l’esprit, tout n’est-il pas culturel ? Pourquoi alors privilégier celles-ci au détriment de ceux-là, et la vie avec la pensée plutôt que l’art du tricot, la mastication du bétel ou l’habitude ancestrale de tremper une tartine grassement beurrée dans le café au lait du matin ? Malaise dans la culture. Certes, nul désormais ne sort son revolver quand il entend ce mot. Mais ils sont de plus en plus nombreux ceux qui, lorsqu’ils entendent le mot ‘‘pensée’’, sortent leur culture. Le livre que voici [La défaite de la pensée] est le récit de leur ascension, et de leur triomphe. »

Dumazedier

« Le loisir serait-il le nouvel opium du peuple ? Le mouvement qui pourrait conduire le travailleur ‘‘de l’aliénation à la jouissance’’ serait alors contrarié par le courant inverse qui irait de la jouissance du loisir à un renforcement de l’aliénation par le travail. L’ouvrier se contenterait de vendre sa force-travail comme une marchandise, pour jouir du produit de cette vente dans le temps hors travail ; et il n’en demanderait pas davantage, laissant à d’autres, à ses avocats, le soin d’obtenir pour son labeur le maximum d’argent ? Quoique produit de l’Histoire, le loisir est vécu, en effet, comme une valeur extérieure à l’Histoire. L’homme de loisir tend à être ingrat à l’égard du passé, et indifférent à l’égard de l’avenir. Ce n’est pas là une attitude active de citoyen, mais cette attitude se développe. » « Dans notre système actuel, le premier but de la plupart des marchands de vin ou de spectacles cinématographiques, de journaux du soir ou de magazines féminins, n’est pas de satisfaire, encore moins de développer au maximum les besoins culturels des masses pendant leur temps de loisir. » « Un certain système de production capitaliste, au lieu de satisfaire les besoins les plus nobles, part, au contraire de l’objet le plus facile à produire ou le plus lucratif et s’efforce, par la publicité notamment, d’en créer le besoin. » « La fonction de développement du loisir est quotidiennement entravée au profit de la fonction de divertissement. Toute une ambiance, tout un réseau de suggestions, d’incitations, de pressions valorisent les attitudes d’évasion, au détriment des attitudes de réflexion ; les plus saines réactions contre les contraintes de la vie quotidienne sont amplifiées, déviées, dénaturées. Certes, l’avantage du système est d’offrir un barrage puissant aux pédagogies ennuyeuses et aux propagandes accablantes. Mais son plus grave inconvénient est de standardiser à un niveau élémentaire les choix du plus grand nombre. » « Tout ce passe comme si, dans ce système, l’activité de loisir n’était qu’un moyen de ramener l’homme à l’état infantile. » « Trop souvent on assiste à une entreprise consciente ou inconsciente pour endormir la réflexion et remplacer la vision des réalités par une mythologie simpliste. »

Hugo

« Représentez-vous l’incalculable somme de développement intellectuel que contient ce seul mot : tout le monde sait lire ? » « La multiplication des lecteurs, c’est la multiplication des pains. » « L’humanité lisant, c’est l’humanité sachant. » « Les ignorances qui jouissent et les ignorances qui subissent ont un égal besoin d’enseignement. » « La littérature secrète de la civilisation. » « Etre un estomac repu, un boyau satisfait, un ventre heureux, c’est quelque chose sans doute, car c’est la bête. Pourtant on peut mettre son ambition plus haut. » « Nous ne nous figurons la poésie que les portes toutes grandes ouvertes. L’heure est venue d’arborer le Tout pour tous. » « Partout où il y a agglomération d’hommes, il doit y avoir, dans un lieu spécial, un explicateur public des grands penseurs. » « Qui dit grand penseur dit penseur bienfaisant. » « Nul ne peut savoir la quantité de lumière qui se dégagera de la mise en communication du peuple avec les génies. » « Cette combinaison du cœur du peuple avec le cœur du poète sera la pile de la civilisation. » « L’ignorance est un appétit. » « Nous voudrions voir dans les villages une chaire expliquant Homère aux paysans. » « L’art pour l’art peut être beau, mais l’art pour le progrès est plus beau encore. » « Rêver la rêverie est bien, mais rêver l’utopie est mieux. » « Que pense Eschyle de l’art pour l’art ? » « Il importe de faire un peu obstacle. » « On comprend que les rois disent aux poètes : Sois inutile ; mais on ne comprend pas que les peuples le lui disent… » « Plus d’art fainéant. » « Le génie n’est pas fait pour le génie, il est fait pour l’homme. » « Tout mon souci, disait un poète contemporain mort récemment [Musset], c’est la fumée de mon cigare. Moi aussi, j’ai pour souci une fumée, la fumée des villes qui brûlent là-bas. » « Aide des forts aux faibles, aide des grands aux petits, aide des libres aux enchaînés, aide des penseurs aux ignorants, aide du solitaire aux multitudes, telle est la loi. Qui ne suit pas cette loi peut être un génie, mais c’est un génie de luxe. »

Baudelaire

« Que de tous les temps, la médiocrité ait dominé, cela est indubitable ; mais qu’elle règne plus que jamais, qu’elle devienne absolument triomphante et encombrante, c’est ce qui est aussi vrai qu’affligeant. » « Tout ce qui plaît à une raison de plaire, et mépriser les attroupements de ceux qui s’égarent n’est pas le moyen de les ramener où ils devraient être. » « Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser. »

Flaubert

« Je ne suis rien qu’un lézard littéraire qui se chauffe toute la journée au grand soleil du beau. » « C’est une chose, toi, dont il faut que tu prennes l’habitude, que de lire tous les jours (comme un bréviaire) quelque chose de bon. Cela s’infiltre à la longue. » « Faites de grandes lectures /…/. Astreignez-vous à un travail régulier et fatigant. » « Par combien d’étude il faut passer pour se dégager des livres ! et qu’il en faut lire ! Il faut boire des océans et les repisser. » « La poésie est une plante libre. Elle croît là où on ne la sème pas. » « Le poète n’est pas autre chose que le botaniste patient qui gravit les montagnes pour aller la cueillir. » « Moi je suis l’obscur et patient pêcheur de perles qui plonge dans les bas-fonds et qui revient les mains vides et la face bleuie. » « Je passerai ma vie à regarder l’océan de l’art où les autres naviguent ou combattent et je m’amuserai parfois à aller chercher au fond de l’eau des coquilles vertes ou jaunes dont personne ne voudra. Aussi je les garderai pour moi seul et j’en tapisserai ma cabane. » « Mes livres et moi dans le même appartement, c’est un cornichon et du vinaigre. » « Pour moi je ne sais pas comment font pour vivre les gens qui ne sont pas, du matin au soir, dans un état esthétique. » « Plus j’indigne les bourgeois plus je suis content. » « Le bourgeois (c’est-à-dire l’humanité entière maintenant, y compris le peuple) se conduit envers les classiques comme envers la religion : il sait qu’ils sont, serait fâché qu’ils ne fussent pas, comprend qu’ils ont une certaine utilité très éloignée, mais il n’en use nullement et ça l’embête beaucoup, voilà. » « Moi, je ne cherche pas le port, mais la haute mer. » « Pour tenir la plume d’un bras vaillant, il faut faire comme les amazones, se brûler tout un côté du cœur. » « Rien ne s’obtient qu’avec effort ; tout a son sacrifice. La perle est une maladie de l’huître et le style, peut-être, l’écoulement d’une douleur plus profonde. » « Il faut par tous les moyens possibles faire barre au flot de merde qui nous envahit. » « La vie est courte et l’art est long. » « Personne, à présent, ne s’inquiète de l’Art ! de l’Art en soi ! Nous nous enfonçons dans le bourgeois d’une manière épouvantable et je ne désire pas voir le vingtième siècle. » « En avez-vous beaucoup connu qui aiment leur art ? Quelle quantité d’artistes qui ne sont que des bourgeois dévoyés ! » « Le style, l’art en soi, paraît toujours insurrectionnel aux gouvernements et immoral aux bourgeois. » « Classes éclairées, éclairez-vous ! » « Soyons féroces /…/ Versons de l’eau de vie sur ce siècle d’eau sucrée. Noyons le bourgeois dans un grog à 11 mille degrés et que la gueule lui en brûle, qu’il en rugisse de douleur ! C’est peut-être un moyen de l’émoustiller ? On ne gagne rien à faire des concessions, à s’émonder, à se dulcifier, à vouloir plaire en un mot. » « On peut juger de la bonté d’un livre à la vigueur des coups de poing qu’il vous a donnés et à la longueur de temps qu’on est ensuite à en revenir. » « J’ai quelquefois des prurits atroces d’engueuler les humains. » « La médiocrité s’infiltre partout, les pierres même deviennent bêtes, et les grandes routes sont stupides. » « Combien de braves gens qui, il y a un siècle, eussent parfaitement vécu sans Beaux-Arts, et à qui il faut maintenant de petites statuettes, de petite musique et de petite littérature ! » « Pose, pose ! et blague partout ! Notre siècle est un siècle de putains, et ce qu’il y a de moins prostitué, jusqu’à présent, ce sont les prostituées. » « Vous vous étonnez du fanatisme et de l’imbécillité qui vous entourent. Que l’on en soit blessé, je le comprends ; mais surpris, non ! Il y a un fond de bêtise dans l’humanité qui est aussi éternel que l’humanité elle-même. »

Mallarmé

« Si un être d’une intelligence moyenne, et d’une préparation littéraire insuffisante, ouvre par hasard un Livre et prétend en jouir, il y a malentendu, il faut remettre les choses à leur place. » « Pour moi, le cas d’un poète, en cette société qui ne lui permet pas de vivre, c’est le cas d’un homme qui s’isole pour sculpter son propre tombeau. » « Je chanterai en désespéré ! » « Donner un sens plus pur aux mots de la tribu. » « Attendu qu’une nation peut se passer d’art, il serait beau même qu’elle en montrât la franchise… » « La foule, quand elle aura, en tous les sens de la fureur, exaspéré sa médiocrité, sans jamais revenir à autre chose qu’à du néant central, hurlera vers le poète, un appel. »

Balzac

« Sur cent personnes, il serait difficile d’en compter quatre qui se soient laissées aller au charme d’un trio… Presque tous ceux qui entrent au musée y vont passer une revue, et c’est chose rare de rencontrer un homme abîmé dans la contemplation d’une œuvre d’art. » « Peut-être notre éducation nationale n’est-elle pas encore achevée, et le sentiment des arts ne s’est-il pas assez fortement développé dans nos mœurs ? » « Peut-être avons-nous pris une habitude funeste en nous reposant sur les journaux du soin de juger des arts ? » « Si nous n’avons jamais compris les êtres doués de puissance créatrice, peut-être étaient-ils en désharmonie avec nos civilisations successives ? » « Tout ce qui est conformé autrement que le vulgaire, froisse, gêne et contrarie le vulgaire. » « Là où tout un public voit du rouge, lui voit du bleu. » « Or, les sots, et ils sont en majorité, ont la prétention de voir tout d’un coup une œuvre. » « Aussi, que de braves gens ne vont qu’une fois aux Italiens ou au Musée, jurant qu’on ne les rattrapera plus. » « La poésie et les femmes ne se livrent nues qu’à leurs amants ! » « L’école italienne a perdu de vue la haute mission de l’art. Au lieu d’élever la foule jusqu’à elle, elle est descendue jusqu’à la foule. » « Mon malheur vient d’avoir écouté les concerts des anges et d’avoir cru que les hommes pouvaient les comprendre. » « Le plus souvent, quand une lumière brille, on accourt l’éteindre, car on la prend pour un incendie. » « Ils meurent presque toujours [les artistes] comme de beaux insectes parés à plaisir pour les fêtes de l’amour par la plus poétique des natures, et qui sont écrasés vierges sous le pied d’un passant. »

Brecht

« Il s’agit d’une affaire purement artistique, c’est-à-dire de quelque chose d’extrêmement peu fréquent, d’inhabituel, et qui ne concerne vraiment personne. » « On met le doigt sur l’opposition criante entre le fait qu’on n’a pas d’argent pour acheter du lait aux enfants qui ont faim et le fait qu’on trouve des sommes énormes pour acheter quelques mètres de toile peinte. » « Etonnés, les historiens de l’art s’empressent d’affirmer que ce n’est pas parce qu’ils approuvent le prix démesuré des tableaux qu’ils approuvent l’état des choses qui empêche les enfants affamés d’avoir du lait. » « Ils croyaient simplement que les deux choses n’avaient pas de rapport. » « Nous avons une littérature inconséquente, qui non seulement s’efforce d’être dépourvue elle-même de toute conséquence, mais se donne en outre toutes les peines du monde pour neutraliser ses lecteurs en présentant tout, choses et situations, sans en montrer les conséquences. » « Nous avons des institutions d’enseignement inconséquentes qui s’efforcent anxieusement de donner une formation sans aucune conséquence et qui n’est la conséquence de rien. » « Le nihilisme esthétique mène un combat don-quichottesque contre le grand capital international. L’égoïsme s’oppose à l’égoïsme. En quoi cela nous concerne-t-il ? » « Pour l’art, être impartial signifie, tout simplement, qu’on appartient au parti dominant. » « Rendre intéressant tout ce qui est de l’intérêt des gens. » « Ce n’est pas du courage que de se lamenter en termes généraux sur la méchanceté du monde et le triomphe de la bassesse, quand on écrit dans une partie du monde où il est encore permis de le faire. » « Beaucoup font les braves comme si les canons étaient braqués sur eux, alors que ce ne sont que des jumelles de théâtre. » « Ils lancent leurs proclamations générales dans un monde où l’on aime les gens inoffensifs. » « Ils réclament une justice universelle, pour laquelle ils n’ont jamais rien fait auparavant. » « Ils réclament la liberté universelle de recevoir leur part d’un gâteau qu’on les a longtemps laissé partager. » « Ils ne reconnaissent comme vérité que ce qui sonne bien. » « Si la vérité consiste en faits, en chiffres, en données sèches et nues, si elle exige pour être trouvée de la peine et de l’étude, alors ils n’y reconnaissent plus la vérité, parce que ça ne les exalte pas. » « L’art, ce n’est pas assembler des mots qui sonnent bien. » « Comment avoir, nous écrivains, une écriture qui tue ? » « Je bataille avec les moyens de la poésie. » « On pense que plus l’art dramatique est grand, moins on a besoin de l’art du spectateur. » « On sait pourtant très bien qu’il y a des gens qui vont plus loin dans l’art, qui en tirent davantage de jouissance que d’autres. » « C’est le trop fameux ‘‘petit cercle de connaisseurs’’. » « Il ne manque pas d’artistes, et non des pires, qui sont résolus à ne travailler à aucun prix pour ce petit cercle d’ ‘‘initiés’’ : ils veulent faire de l’art pour tous. » « Ça fait démocratique mais, selon moi, ça ne l’est pas tellement. Ce qui est démocratique, c’est d’arriver à faire du ‘‘petit cercle des connaisseurs’’ un grand cercle des connaisseurs. » « Car l’art demande des connaissances. » « L’observation de l’art ne peut donc donner un plaisir véritable que s’il existe un art de l’observation. » « Quiconque admire une œuvre d’art admire un travail /…/. Il est donc indispensable de savoir quelque chose de ce travail, si l’on veut l’admirer et jouir de son produit, qui est l’œuvre d’art. » « Si l’on veut arriver à la jouissance artistique, il ne suffit jamais de vouloir simplement consommer confortablement et à peu de frais le résultat d’une production artistique. » « Il est nécessaire de prendre sa part de la production elle-même. » « D’être soi-même à un certain degré productif. » « De consentir une certaine dépense d’imagination, d’associer son expérience propre à celle de l’artiste, ou de la lui opposer, etc. /…/ D’où la nécessité de revivre pour soi les peines de l’artiste, en réduction, mais à fond. » « Une opinion très répandue veut qu’il y ait une énorme différence entre le fait d’apprendre et le fait de s’amuser.  » « Apprendre, comme on nous a fait apprendre à l’école ou lors de notre formation professionnelle, etc., est indéniablement une chose pénible. » « Et pourtant, on peut étudier avec plaisir, il existe une étude gaie et combative. » « Ce n’est pas assez exiger lorsqu’on exige du théâtre seulement des connaissances, des reproductions instructives de la réalité. Il faut que notre théâtre suscite la joie de connaître. » « En réalité, c’est bien entendu la jouissance qui est rabaissée, étant donné qu’on la vide si soigneusement de toute valeur didactique. » « Est vieux /…/ celui qui éprouve le plaisir et le sérieux comme deux termes contradictoires. » « Ce que peuvent faire aujourd’hui les meilleurs de nos directeurs de théâtre s’est de s’efforcer sans relâche de faire des exceptions, autrement dit de permettre à titre exceptionnel que le théâtre soit le siège d’une activité intellectuelle. »

Finkielkraut (2)

« Toutes les pratiques adultes entament une cure de désintellectualisation. » « Seul [peut] être dit libre un homme éclairé. » « La liberté est impossible à l’ignorant. » « Ce qui est élitiste (donc intolérable) ce n’est pas de refuser la culture au peuple, c’est de refuser le label culturel à quelque distraction que ce soit. » « Quand la haine de la culture devient elle-même culturelle, la vie avec la pensée perd toute signification. »

Dagen

« En France /…/ s’est organisé un système de production et de consommation des loisirs qui n’a que faire d’une pensée libre, d’un acte gratuit, d’une œuvre sans utilité immédiate. » « Ce système, parce qu’il a étendu son empire de plus en plus largement, n’a même plus besoin de combattre ses derniers adversaires : il ne leur oppose plus sa censure, il les nie par son indifférence. » « Selon l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les activités du genre culturel se répartissent en deux catégories de produits : ceux qui relèvent du ‘‘récréatif’’ et ceux qui relèvent du ‘‘touristique’’. » « Il est difficile de ne pas penser que l’heure est à l’abaissement : une sorte de capitulation consentie, paisiblement ignoble. » « Et difficile de ne pas en déduire que le capitalisme mondialisé, c’est cela désormais : l’abdication de toute préoccupation intellectuelle et l’accord avec le monde tel qu’il est, du moment qu’il permet du profit et la défense – sinon le perfectionnement – de l’art de vivre occidental, prospérité et loisirs. » « Contraint de choisir entre une résistance vaincue d’avance et une collaboration profitable, nul n’est tenu de se mépriser au point de se prononcer pour la collaboration et le profit. » « Une œuvre [qui] ne transmettrait sa colère qu’à deux ou trois hommes, dans la situation actuelle, il conviendrait d’y voir un triomphe et, presque, la promesse d’une épidémie de clairvoyance. » « Il ne reste qu’à parier sur l’apparition, de temps en temps, d’un nouveau foyer d’infection. »

Kerlan

« Toute œuvre exprime, au-delà de sa particularité, une part de ce que chacun porte en soi, de ce que tous portent en eux-mêmes, sans encore le connaître. ‘‘Et c’est ainsi – comme traversée d’autres subjectivités – que l’expérience des œuvres est en même temps expérience de l’humanité.’’ » « L’effort de culture /…/ est ‘‘effort vers un idéal d’humanité fixé de manière objective’’, de sorte qu’en se hissant vers ces sommets de l’humanité que sont les œuvres, l’individu se rapproche de ce qui lui est le plus essentiel. » « Œuvre de l’âme et de l’esprit, œuvre la plus haute de l’âme et de l’esprit, l’art a pour but de ‘‘révéler à l’âme tout ce qu’elle recèle d’essentiel, de grand, de sublime, de respectable et de vrai.’’ » « Il est le champ d’expérimentation de notre humanité. » « Il nous procure ‘‘l’expérience de la vie réelle, nous transporte dans des situations que notre expérience personnelle ne nous fait pas et ne nous fera peut-être jamais connaître.’’ » « Il a ce pouvoir de faire toucher notre expérience limitée à l’expérience humaine illimitée. » « Et de nous faire ressentir plus profondément ce qui se passe en nous-mêmes, quand nous le saisissons dans la mise en forme esthétique de l’expérience de l’autre. » « Tel est le pouvoir de l’intuition et de l’apparence, de la forme esthétique. » « Pour lutter contre l’insignifiance, pour retrouver du sens, réapproprier le sens, pour maintenir ouvertes les interrogations. » « Une autre idée forte /…/ voit dans l’art et la pratique artistique la clé de l’harmonie humaine, de l’équilibre, de l’unité individuelle comme de l’unité collective. » « Seuls l’art et la beauté demeurent expérience de l’unité, expérience de la totalité humaine. »

Tápies

« Je serai toujours opposé à tout avis nous enjoignant, de quelque façon que ce soit, de ‘‘mettre notre langage à la portée du peuple’’. C’est le peuple qui doit se hausser à notre niveau. Et c’est l’affaire de tous de lutter pour lui donner les moyens de cette ascension. » « La majorité des gens serait en état de comprendre, malheureusement, il n’en est presque jamais ainsi. Et cette proposition n’est ni la faute de la majorité, ni celle de l’artiste, qui ne travaillerait que pour une ‘‘élite’’. Cette incompréhension n’est imputable qu’au fait que la majorité ne dispose pas des moyens de cultiver sa sensibilité. » « La société ne cesse de comploter contre l’éveil du plus grand nombre. Et l’artiste, multipliant les escarmouches contre cette sujétion, doit sans cesse inventer pour la briser, de nouvelles formes d’attaque. » « Le jour où existera une politique culturelle efficace et véritablement digne de ce nom, c’est-à-dire une politique qui mette au service de nos besoins actuels, du progrès et de l’enrichissement de notre esprit toutes les manifestations de la culture, anciennes et récentes, alors les artistes nouveaux cesseront d’être mal compris. » « Nous sommes horrifiés d’entendre les classes dominantes encore affirmer, avec démagogie qui ne nous surprend plus, qu’il faut plutôt offrir au peuple des choses qui lui plaisent que trop d’intellectualité. »

Godard

« Cette Société, qui produit aussi [les] grands ensembles, distribue, sous la forme de livres de poche, une culture bon marché qui est assimilée d’une façon fragmentaire et assez dérisoire par les populations. Tout ça se passe dans un bruit très fort de marteaux-piqueurs, de moteurs, de percolateurs, de matières entrechoquées, qui, dans une certaine mesure, empêche la communication. » « J’écoute la publicité sur mon transistor… Grâce à Esso, je pars tranquille sur la route du rêve et j’oublie le reste. J’oublie Hiroshima…, j’oublie Auschwitz…, j’oublie Budapest…, j’oublie le Vietnam…, j’oublie le S.M.I.G…, j’oublie la crise du logement…, j’oublie la famine aux Indes. » « Les militants syndicaux ont compris que les gens ne sont pas égaux parce qu’ils ne gagnent pas la même chose ; il faut également comprendre que nous ne sommes pas égaux parce que, de plus, nous ne parlons pas la même langue. » « Le problème, c’est qu’on a tellement privilégié le spectacle que c’est la pensée du spectacle qui s’est imposée et plus la pensée de la pensée. » « Les gens délèguent au cinéma ou à la télévision l’imagination ou la non-imagination de leur vie. Et puis après… bon, et bien c’est fini… » « Quels sont ces gens qui ont un grand public quand même ? Ce sont les dictateurs. » « Mes ennemis sont ceux qui ne se servent pas des images ou qui se servent des images pour cacher plutôt que pour montrer. » « Ma seule intention, ce n’est pas de dire quelque chose, ma seule intention, c’est d’arriver à pouvoir faire qu’on se dise quelque chose. » « J’ai besoin de faire un film pour moi, pour dire qui je suis et pour avoir le droit de demander à l’autre qui il est. » « Moi, je suis un autre ouvrier chez Lip à l’endroit où je suis. »

Pasolini

« Le spectateur, pour l’auteur, n’est autre chose qu’un autre auteur. » « Si le spectateur était en effet dans une condition subalterne par rapport à l’auteur, on ne pourrait même pas parler d’auteur. » « Si nous parlons d’œuvres d’auteur, nous devons par conséquent parler du rapport entre auteur et [spectateur] comme d’un rapport dramatique entre un individu et un autre démocratiquement égaux. » « Le spectateur n’est pas celui qui ne comprend pas. » « Le spectateur est celui qui comprend. » « Ce spectateur est aussi scandaleux que l’auteur. » « Parce le spectateur réel est déjà libre. »

Montage établi par Jean-Michel Potiron
Décembre 2004 – octobre 2005

Bibliographie