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Récit de la mise en scène

Prologue : L’homme se lève des rangées du public (il est issu du public). Il fait une adresse directe, explicative, pédagogique aux spectateurs : « Je suis mort depuis peu, mon corps pend une à corde étrangement vêtu. Mes dernières paroles viennent de résonner. Il y en a eu un finalement qui a fait un bon usage de la mort… » Puis, il sort par la porte du fond côté jardin.

Intermède : Un homme et une femme entrent précipitamment en courant. L’homme poursuit la femme. Il la rattrape au centre du plateau. Il la dévêt complètement, sans ménagement. Puis, il la laisse là en pâture au public. Habitée par un sentiment d’humiliation, la femme se rhabille en prenant son temps complètement. Noir.

Episode 1 : La femme est assise sur la première rangée du public. L’homme sur scène se tient debout face à elle. C’est un préambule :« - Je commence à trembler. - Pour ce que je veux te faire et que je ferai. » Puis comme lançant une invitation à le rejoindre sur scène, l’homme cède sa place à la femme. Positionnés sur une même ligne face au public, ils entament un oratorio, dans la joie et le plaisir de communier entre eux et avec le public, faisant l’apologie de leur passé, de leurs origines et de la genèse de leur pratique sexuelle différente.

Episode 2 : Habillée avec des chaussures à talons hauts, la femme est adossée à un pilier, « d’accord, pleine de gratitude » d’être la pute avec son souteneur. Imperturbable, assis sur une chaise, tout droit, l’homme occupe une place dominante sur le plateau. Lascive, la femme ôte son pantalon (on devine la raie de ses fesses) puis elle tourne autour de l’homme, assise, debout, couchée, à quatre pattes, rampante puis lovée à ses pieds. Soudain, l’homme se lève, lui attache les mains, puis la projette à de nombreuses reprises, tête la première, sur une porte située en fond de scène. « Ma queue veut vraiment le sang. »

Episode 3 : Nuit blanche (post-coït). Qui sont les plus esclaves ? La femme putain qui se soumet à son mari ou les hommes qui se rendent au travail ? Les accessoires de leurs ébats (petite culotte, porte-jarretelles, bas) sont-ils réellement des instruments de subversion ou une autre forme de soumission ? Avant le lever du jour, ils ont une décision à prendre : poursuivront-ils leurs pratiques sexuelles hors-normes ou retourneront-ils à l'ordre ?

L’homme : « A quoi penses-tu ? » La femme : « Je pense à nous qui retournons à la vie ». Nouveau prélude. Moment de nostalgie. Eloignement. Ailleurs. Hors-champ. L’homme et la femme sont filmés en gros plan. Face à la caméra, ils font leur aveu. Leur image est projetée sur le mur du fond de scène.

A l’avant-scène, nous retrouvons l’homme et la femme assis derrière deux petites tables de buffet accolées. Au cours de leur grande explication, l’homme expose à la femme les raisons pour lesquelles ils doivent renoncer à leur sexualité différente. Lorsqu’au final la femme dit : « J’ai compris », elle se bouche la vue avec les mains…

Episode 4 : Assis dans son lit (par terre, au lointain, dos appuyé au mur) avec un livre dans la main, l'homme veut désormais avoir une vie rangée, sage, bourgeoise : « Etre en paix, oui, en paix. Et nous deux, dans la paix des autres. ». Sa femme s'y oppose. Terrorisée par la décision de son mari, elle fait les cent pas devant lui. Quand il se retire dans sa chambre pour s’endormir (après sa prière !), la femme revêt ses attributs érotiques (porte-jarretelles, petite culotte, bas, chaussures à talons hauts) qu'elle brandit comme étendard de sa rébellion : « Il faut scandaliser et trahir ce monde » et comme instruments de son émancipation. La source de son insoumission, c'est son porte-jarretelles. Ce qu'elle assume au grand jour, les pieds bien ancrés au sol, c'est son désir sexuel. Avec force tranquille, sa principale charge explosive contre la société, c'est sa féminité.

Episode 5 : Après la mort de sa femme, l’homme a attiré chez lui une jeune fille vulnérable, ingénue, une agnelle tombée dans la gueule du loup. Elle entre dans le théâtre sans songer à mal, insouciante. L’homme se tient adossé au mur du fond de scène. Lorsqu’il lui demande de se déshabiller (et qu’elle accepte), il la livre en pâture au public sans qu’elle s’en aperçoive. Lorsqu’elle est nue, il se porte à sa hauteur. Comme il la domine de la tête et des épaules, par l’âge, par sa culture et par son langage, bien qu’à toute force il veuille se faire comprendre d’elle, la jeune fille ne comprend mais. Inspiré, habité, il est convaincu d'être un nouveau Christ (noir). Il va lui faire subir son « 11 septembre » : « C'est un jour de l'avenir - ça te plaît ? Tu vois, hein ? Comme le temps va vite, bien qu'il aille si lentement. » L'effet recherché : que nul dans la salle n'ait envie de se retrouver sur la scène. Soudain, il bondit sur elle. Elle le sauve. Il réussit à la choper dans un coin du théâtre. Elle est morte de peur. Il lui attache les mains, court chercher une chemise imbibée d’eau, puis la frappe avec à plusieurs reprises violemment. Puis l’homme a soudain un malaise. Il s’évanouit. La fille se sauve…

Episode 6 : L’homme est toujours allongé à terre. Un micro a été déposé à ses côtés. L’homme reprend connaissance. Il prend le micro et aussitôt parle dedans : « C’était un concert d’ange contre les parois de mon crâne. » Il se lève, va chercher le pied du micro, accroche le micro à son pied, puis poursuit. Le plus simplement possible, il partage avec le public l’épilogue de son histoire. Sans aucune véhémence, il fait son apologie du droit à la différence. : « J’ai - subi - le processus d’être différent. » A la fin de son manifeste, il s’écarte du micro, se met face public et se dévêt complètement. Se faisant, il touche les défauts et les parties de son corps qu’il n’aime pas. Puis, il ramasse les vêtements abandonnés par la jeune fille (bas, porte-jarretelles, petite culotte, combinaison, jupe…) qui vont devenir les pièces à conviction de sa déposition. Il termine en chuchotant. Puis, il monte à la mezzanine du théâtre. Il lance la corde avec laquelle il veut se pendre de manière à ce qu’elle arrive pile au milieu du théâtre, puis il redescend. Au passage, il a pris une chaise qu’il installe sous le nœud de la corde. Il s’assied dessus, enfile les porte-jarretelles, monte sur la chaise, passe la tête dans la corde puis se pend. Noir.