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L'arrière-plan

Une erreur de la nature de Christian Prigent (Extrait)

« Je suis de ceux qui aiment ces auteurs que le monde culturel de leur temps (le nôtre, par exemple) considère comme gentiment délirants, drôlement macaroniques voire carrément incompréhensibles. J’aime par-dessus tout des œuvres qui ont fait œuvres de l’impossibilité de faire œuvre. Je suis de ceux qui inclinent à penser que c’est en ces auteurs-là que la littérature vit sa vie puisque c’est par eux qu’en elle-même éternellement elle se change : Saint-Amant, Théophile, Corbière, Hopkins, Villon, Lewis Carroll, Oskar Pastior, Pierre Le Pillouër, Maurice Roche, Kurt Schwitters, Ghérasim Luca. ‘‘Fous littéraires’’, on dit, pour évacuer la question. En fait, si je n’arrive pas à cesser d’aimer les ‘‘difficiles’’ c’est parce que les faciles, les accueillants, les consommables sur place, les collés au possible, les bien-humains, les clairs-sachants, les vite-poignants et les petits charmants, je les trouve généralement, au bout du compte, trop lisibles, trop évidemment lisibles : insipides et insignifiants. Je n’y entends pas résonner grand-chose du chaos d’angoisses, de désirs, d’expériences contradictoires, misérables et intenses à la fois, où va, tant bien que mal, comme toute vie, ma vie. Pas grand-chose non plus du corps considérable, énormément proliférant, immensément polymorphe et pervers des langues qui me traversent comme elles traversent chacun… » Christian Prigent