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Genesis, j’ai envie de parler de théâtre avec vous

Episode 8

Quand nous ressusciterons d’entre les morts s’ouvre par un conflit entre l’horizontalité et la verticalité.

Horizontalité de la croisière en mer que Rubek veut offrir à sa femme Maja.

Désir de verticalité de Maja qui aspire à monter sur les sommets de la montagne, comme le lui avait promis son époux et comme il l’avait promis à ses précédentes femmes : «  Je te ferai voir les grands horizons »...

L’un des sujets de la pièce est : à vouloir monter trop haut (à vouloir trop d’absolu, etc.) risque-t-on la chute ? C’est la rançon de cette soif d’absolu qui conduira les deux protagonistes de la pièce vers les hauteurs et qui les engloutira sous l’avalanche (pareillement à la fin de Brand) : la symbolique est transparente.

Quand nous ressusciterons d’entre les morts est une pièce sur l’art. Rubek est un artiste incompris. Ses grandes œuvres ne rencontrent pas l’adhésion du public à la hauteur de ses espérances, il est réduit à faire des bustes (des œuvres tronquées) ou des œuvres de commande.

Quand nous ressusciterons d’entre les morts est une pièce sur le conflit entre l’artiste et son modèle (l’artiste vampirise-t-il son modèle ?) et le distinguo que les femmes (de l’artiste) opèrent entre l’homme et l’artiste.

Dans la pièce, le modèle, ici féminin, revendique une part de responsabilité dans la création de l’œuvre, ce que l’artiste lui dénie. La pièce traite donc également du droit d’auteur. Qui est l’auteur d’une œuvre ? L’artiste qui l’a créée ? La femme qui l’a inspirée ? Qu’est-ce qu’un auteur ?

La pièce, en trois actes, se déroule principalement autour de quatre personnages (la diaconesse - le cinquième personnage - toujours en noir - étant un double d’Irène) : le couple Rubek Maja, puis Irène - l’ex-femme de Rubek, puis enfin Ulfheim le chasseur d’ours, nouveau prétendant de Maja.

Acte 1 : Dans une station balnéaire de la côte (sur la terrasse un peu surélevée d’un café ou d’un restaurant), le professeur Rubek sculpteur d’un certain âge et Maja Rubek son épouse sont assis sur des fauteuils en rotin autour d’une table basse dressée. Ils reviennent de leur voyage de noces, des noces dépareillées (Rubek étant plus âgé que sa femme).

Le professeur est un monsieur distingué, d’un âge avancé, en veston de velours noir et en tenue d’été.

Sa femme est d’allure jeune, yeux enjoués et espiègles. Un soupçon de fatigue. Elle porte une élégante tenue de voyage.

Maja est insatisfaite et s’ennuie.

Ni leur séjour en villégiature, ni le projet d’une croisière en mer jusqu’à l’extrême nord de l’océan arctique ne semblent la satisfaire.

De son côté, Rubek a perdu l’envie de travailler.

Sa propre pratique artistique le déçoit.

Ou bien sa dernière grande œuvre : Le jour de la résurrection (titre de la pièce) (l’artiste lui-même veut-il se réveiller d’entre les morts ?) n’est pas comprise. Ou bien il se borne à répondre à des commandes et à faire des bustes (autant dire des œuvres tronquées).

Sa propre épouse ne comprend pas sa pratique artistique.

Cette dernière lui rappelle sa promesse de mariage. Rubek s’était engagé à la dépayser et à satisfaire ses désirs idéalistes. Il lui avait promis de l’emmener au sommet d’une haute montagne (désir de verticalité) et de lui montrer les splendeurs du monde. (C’est une promesse qu’il avait précédemment faite à Irène).

Rubek se dérobe. Il se considère davantage comme un père que comme un amant. Vis-à-vis d’elle, il éprouve à la fois un sentiment d’insatisfaction et un sentiment de supériorité (paternaliste : ce qui rappelle La dame de la mer).

Une dame élancée (fantôme du passé resurgissant dans le présent) fait son entrée, suivie d’une diaconesse noire (fille ou veuve qui dans l’église primitive était chargée de certaines fonctions ecclésiastiques).

Ullfeim, gros propriétaire (pas si gros que cela), appelé le tueur d’ours, approche. Il est en tenue de chasseur. Incidemment, il lance à Maja l’invitation que le professeur Rubek lui avait faite : «  Voulez-vous m’accompagner sur les hauteurs ? » Parce qu’il attise sa curiosité, elle accepte.

La dame étrangère sort de son pavillon et s’installe à une table voisine.

Rubek s’approche d’elle et lui dit : «  Je te reconnais Irène. »

Irène feignait de ne pas l’avoir reconnu parce que jadis «  il l’aurait tuée ».

Comme Rosmersholm, Rubek serait un vampire (chez Ibsen, les femmes accusent fréquemment les hommes d’avoir volé leur vie). Irène estime avoir été spoliée de leur œuvre commune qu’elle appelle leur enfant (idem Eljert Loevborg et Théa dans Hedda Gabler).

Ils se querellent. Le professeur Rubek lui reproche doucement de l’avoir quitté.

Irène ne veut plus s’expliquer. Depuis qu’ils sont séparés, elle estime qu’elle n’est plus vivante. Elle lui parle de cet autre monde. Elle serait devenue une tueuse d’hommes. Elle aurait tué son mari et ses enfants.

Lorsqu’elle était son modèle, elle lui aurait tout donné. Elle se serait complètement abandonnée à lui. Il lui aurait tout pillé.

«  Mais maintenant, dit-elle, je commence à ressusciter d’entre les morts. » Phrase que l’on peut traduire de la sorte : «  On m’a tuée. Je suis entrée en dépression. Je commence à en sortir…»

Rubek lui demande s’il est coupable. Irène acquiesce. Rubek aimerait se réconcilier avec elle mais sans y parvenir ; Irène ne pardonnant pas.

Elle lui reproche également (de manière ambivalente) de ne l’avoir jamais touchée et en même temps le remercie de ne l’avoir jamais touchée.

Rubek justifie la distance qu’il a instaurée entre eux : «  J’étais un artiste, Irène ». La création primait. Il était «  malade de vouloir créer la grande œuvre de sa vie. »

Cette grande œuvre devait s’intituler : «  Le jour de la résurrection » et devait représenter l’allégorie d’une jeune femme s’éveillant du sommeil des morts.

Ce devait être leur création : «  Notre enfant, oui. »

Rubek reconnaît avoir contracté envers Irène une dette irréductible.

Il l’a vampirisée. Il a donné naissance à l’œuvre au prix de la femme. L’œuvre existe, mais la femme qui lui a servi de modèle est morte. Pour créer ce «  jour de la résurrection », il fallait qu’il la tuât. Pour qu’elle ressuscite, il fallait qu’elle mourût.

Rubek garde un bon souvenir de cette période de création et de cette phase idéale de leur vie. Il rappelle les moments heureux de leur passé. Pour lui, cette période (avec Irène) a correspondu au zénith de sa vie.

Irène s’enquiert de ce qu’il a créé depuis. «  Rien », répond Rubek. Avec sa nouvelle femme, il n’y parvient pas. Il se contente de bricoler.

C’était elle, Irène, son inspiratrice. C’est elle qui lui inspirait le désir de monter sur les hauteurs, c’était elle son idéal.

Vont-ils à nouveau se rejoindre ?

Sur cette entrefaite, Maya fait son entrée.

Craignant de «  déranger », elle présente ses excuses.

Elle ne veut plus partir en bateau avec Rubek (Film socialisme de Jean-Luc Godard : qu’est-ce qui est plus ennuyeux qu’une croisière en bateau ?). Elle s’est ravisée, le propriétaire Ulfheim lui ayant laissé entendre sans doute des offres de voyages plus alléchantes…

Maja poursuit le même projet qu’Irène. (Ils ont tous l’obsession de l’ascension sur les hauteurs - excepté Rubek dont le projet - la croisière - est horizontal). Mais ce projet d’élévation, Maja veut le réaliser en compagnie du chasseur d’ours, à présent qu’elle se sent irrésistiblement attirée par lui.

Maja demande à Rubek l’autorisation de partir en escalade avec Ulfheim.

Vu la rencontre réconciliatrice avec Irène et le projet de faire avec elle une randonnée en direction des (mêmes) hauteurs, Rubek accède à la demande de Maja sans résister. A présent, même le sort de Maja l’indiffère : «  Dis au tueur d’ours tout ce que tu voudras. »

Maja sort en courant pleine de joie.

Rubek et Irène se remettent entre les mains l’un de l’autre sans scrupule.

Irène n’accepte de se joindre à lui que parce qu’elle estime que cette rencontre au sommet avec Rubek lui est due.

Seule cette ascension pourra rembourser sa dette et la ressusciter.

Ils étaient morts-vivants. Rubek ne créait plus. Maja était insatisfaite. Irène était un zombie flanqué d’une diaconesse. Ulfheim seul peut-être s’épanouissait.

Vont-ils revenir à la vie ? Vont-ils se réveiller d’entre les morts ?

Acte 2 : Un haut plateau immense de montagne. Une chaîne de hauts sommets. Au premier plan ruisselle un torrent. Des fourrés, des plantes, des pierres.

Le professeur Rubek entre le premier, suivi non par Irène mais par… Maja !

«  Elle porte une casquette de touriste, une jupe relevée à mi-jambe et de solides bottines hautes à lacets. Elle tient à la main un bâton d’alpiniste. Maja saute à l’aide de son bâton au-dessus du torrent et gravit la pente. »

Rubek et Maya se retrouvent dans ce décor de montagnes sur ce lieu d’altitude qu’ils s’étaient promis.

Ils sont montés chacun de leur côté mais ils arrivent fortuitement au même endroit en même temps.

Maja passe désormais l’essentiel de son temps avec Ulfheim : «  Nous avons déjeuné ensemble en plein air tous les deux, moi et cet affreux tueur d’ours ».

Rubek et Maja prennent des nouvelles l’un de l’autre. Rubek lui propose de se reposer un moment à ses côtés, Maja refuse. Elle ne voue plus que mépris pour l’artiste Rubek.

Dans le même temps, elle exprime son dépit vis-à-vis d’Ulfheim. Elle ne va avec lui que par défaut. Elle veut susciter de la jalousie chez Rubek : peine perdue.

Mettant à profit cette rencontre, Maya couvre Rubek de reproches. Elle l’accuse de s’être dévitalisé et de l’avoir abandonnée.

Ils cherchent à se réconcilier (Maja est toujours amoureuse) et à s’expliquer au sujet de la relation entre Rubek et Irène (Maya lui fait une scène).

Rubek tâche de faire front et de se disculper.

Ils sont au bord la séparation. Insatisfaits l’un de l’autre, ils prennent conscience du fossé qui les sépare.

Du temps où il partageait sa vie avec elle, l’idée lui était venue qu’il était seul au monde, incompris, reclus dans l’obligation de faire des œuvres utiles, des pièces sur commande, d’oublier sa création, sa pratique artistique, de cesser de créer, d’œuvrer, tenu de construire une ville, un hôtel particulier et de prendre femme.

Ce que Rubek déplore le plus douloureusement au sujet de Maja (et le plus égoïstement également peut-être, on ne sait pas), c’est qu’elle n’ait pas «  une idée bien claire de ce qu’est, intérieurement, une nature d’artiste. »

Rubek et Maja se mécomprennent complétement.

Maja ne peut pas s’occuper de ce qu’il se passe à l’intérieur de Rubek.

Rubek déclare qu’il ne peut pas vivre sans créer. C’est pourquoi il a besoin, dit-il, d’Irène, Maja ne lui suffisant pas.

Pour Maja, tout est simple. Pourquoi Rubek ne lui demande-t-il pas leur séparation ?

Sur cette entrefaite, Irène fait irruption.

Maja propose de lui céder la place.

En la croisant, elle lui glisse quelques paroles lourdes de sarcasme.

Le professeur Rubek descend à la rencontre d’Irène. Ils vident leur sac.

Rubek avoue que leur séparation lui a causé beaucoup de peine.

Irène explique à Rubek les raisons pour lesquelles elle l’a quitté. Elle voulait s’effacer de lui pour toujours.

En même temps, elle aspirait à le dé-fertiliser, à le rendre infécond, sec.

Entre eux deux, la haine affleure.

Elle lui reprochait d’avoir utilisé son corps en tant qu’artiste et d’avoir volé son âme, de lui avoir pris sa vie, de l’avoir vampirisée.

Rubek est stupéfait d’entendre ces reproches. Il croyait qu’ils étaient en osmose, que leur relation était fusionnelle.

Irène lui confie toute la haine qu’elle éprouve à son égard et à l’égard de son art.

De sa collaboration artistique avec lui, elle n’a conservé que des motifs de haine.

Pourquoi le haïssait-elle ?

Parce qu’elle se dénudait inutilement devant lui, tandis qu’elle aurait souhaité le séduire.

Elle voulait un amant, un homme, non un artiste.

Pourtant, elle aimait leur création commune.

C’est même pour revoir l’œuvre, et non pour retrouver Rubek, qu’elle a fait ce pèlerinage.

A présent, elle voudrait revoir la statue.

Rubek ne peut pas assouvir son souhait, car l’œuvre est exposée dans un grand musée.

Irène veut s’y rendre bien qu’elle déclare détester les musées qu’elle considère comme des tombeaux.

Rubek et Irène se disputent comme deux parents en souffrance devant le cadavre leur enfant.

Cette appellation «  enfant, enfant » est pathologique.

Entre le moment de la gestation et le moment de la création définitive, Irène redoute les modifications que Rubek a pu effectuer. Elle craint qu’elles n’aient altéré l’œuvre, qu’elles «  n’aient fait du mal », comme elle dit, «  à leur enfant ».

Rubek lui remémore le contexte de la création et l’intervention qu’il lui a fait subir. Entre le moment des prémices (lorsqu’il était jeune et inexpérimenté) et le moment de l’achèvement (lorsqu’il était devenu mûr et aguerri), la conception de la statue «  Le jour de la Résurrection » s’est complexifiée.

Il a eu le souci d’apporter à cette œuvre pure, primordiale, tout ce que son expérience lui avait appris.

Résultat, la statue d’Irène ne figure plus au centre de l’œuvre et de son fourmillement, mais elle a dû être légèrement déplacée par l’artiste : «  Il a fallu que je recule un peu cette statue, sinon elle aurait trop dominé. »

Irène estime que Rubek l’a trahie. Elle se met en peine de le frapper avec son couteau. Comme il se retourne, elle se rétracte.

Continuant de décrire l’œuvre, Rubek annonce qu’il s’y est ajouté : «  Sous la forme d’un homme accablé par la faute. »

A présent, ils figurent l’un et l’autre dans l’œuvre qu’ils ont créée, elle en tant que modèle (légèrement déplacée), lui en tant qu’artiste… au centre !

Irène le dénigre : «  Poète ! » ; elle l’injurie : «  Tu es veule, mou. »

Elle lui ressert le même reproche «  Tu as tué mon âme. »

Leur querelle repart de plus belle.

Leur combat est à la vie et à la mort.

En arrière-plan, le propriétaire Ulfheim et Maja en tenue de chasse apparaissent.

Regonflée par son émancipation vis-à-vis de Rubek, Maja chante à tue-tête et respire à pleins poumons.

Rubek dédaigne un peu le nouveau couple.

Maja et Rubek s’envoient des piques et décrètent leur séparation dans une bonne humeur apparente.

Ulfheim et Maja sortent.

L’hypothèque de Maja est levée.

Irène invite Rubek à venir passer la nuit avec elle sur le haut plateau.

L’ancien couple se retrouve dans l’amour.

Irène quitte Rubek en lui promettant de revenir dans le courant de la nuit.

Tout en se répandant en regrets en raison du passé, Rubek s’éprend de passion pour elle.

Il reste assis au bord du torrent.

Au loin, le chant de Maja résonne à nouveau : «  Je suis libre, je suis libre. »

Acte 3 : Nous sommes encore plus haut, dans les hautes montagnes où se trouvent des crevasses, des précipices vertigineux, des pics couverts de neige.

Le décor est de plus en plus abrupt et de plus en plus impraticable.

Tout en cherchant à échapper aux empressements d’Ulfheim, Maja découvre la montagne.

Toute rouge et excitée, tâchant d’échapper aux rets du chasseur d’ours : «  Lâchez-moi, lâchez-moi », Maja descend l’éboulis à toutes jambes.

Mi-fâché, mi-amusé, le propriétaire Ulfheim la suit en la retenant par la manche.

Tout en la raillant, il la traque comme une proie.

Leur relation tourne mal. Ils se disputent. Il la violente. Il est à deux doigts de la violer, Maja se défend, elle en réchappe de justesse. Il renonce.

Maja le toise.

Elle voit en lui un prédateur.

Elle trouve qu’il ressemble à un faune. Elle le traite de bouc.

Tandis qu’elle essaie de l’amadouer, il l’invite à entrer dans une cabane : «  Cette vieille porcherie là ? »

Maja veut retourner à l’hôtel.

Ulfheim lui fait comprendre qu’elle est à sa merci au sommet de la montagne.

Non, elle n’est pas «  libre, libre », comme elle le chantait toute à l’heure.

Frustré par les ambivalences de Maja, Ulfheim se met en colère.

Pour le «  divertir », Maja se met à lui raconter une histoire : son histoire.

Issue d’un milieu médiocre, elle s’est fait enlever enfant chez ses parents par un grand monsieur (Rubek, qui ressemble au professeur Ulfheim qui la harcèle à présent). Ce grand monsieur l’a enfermée dans une cage glacée.

Ulfheim négocie. Il propose de se mettre en couple avec elle.

Maja n’est pas très optimiste ni très motivée par cette proposition.

Après avoir essayé de la prendre par la force, Ulfheim tente de la persuader.

Mais Maja n’est pas facile à conquérir.

Même si Ulfheim vante sa possession de châteaux.

Il insiste, appuyant sur le fait qu’il est différent de Rubek : «  Des œuvres d’art, dans [son] château, c’est sûr, il n’y en a pas. »

Quand il se présente disposé à surmonter tous les obstacles, Maja est prête à céder.

Mais juste au moment de partir, elle aperçoit son ex-mari et sa nouvelle conquête.

Impossible de se dérober à leur vue, ils se rencontrent au sommet.

La rencontre est amère.

Rubek et Irène font leur entrée.

Les deux couples sont sur la défensive.

Rubek annonce officiellement à Maja sa relation avec Irène.

Au sujet de la voie qu’ils empruntent, le propriétaire Ulfheim les met en garde : «  Ne savez-vous donc pas que c’est un chemin mortel que vous avez pris ? » (comme au démarrage de Brand).

En compagnie d’Irène, défiant toute prudence, indifférent à l’orage qui approche, Rubek se sent irrésistiblement happé par le sommet et ne veut tenir compte d’aucun avertissement.

Prise d’effroi, Maja prie Ulfheim de la raccompagner dans la descente.

A l’approche du danger, courageux et serviable (c’est un homme de montagne), Ulfheim se propose de venir les rechercher tous les deux avec le renfort de secours.

Irène déclinant son offre, Ulfheim se met en colère.

La peur investit la scène.

Ulfheim s’emploie à sauver Maja.

La portant dans ses bras, il descend, rapidement - en rappel ? - mais prudemment, dans le précipice.

Peut-être Irène se sent-elle humiliée d’être vue en compagnie d’un homme avec qui elle n’est pas mariée ?

Elle cède à la peur.

Pour la protéger, Rubek se dispose à faire bouclier de son corps.

Irène sort son couteau. Ce n’est pas contre elle-même qu’elle veut l’employer mais contre Rubek.

Bien qu’il l’ait accompagnée au sommet de la montagne, elle a gardé la même rancune à son égard. Elle lui raconte qu’elle a déjà voulu le tuer.

Elle l’a accompagné sur les cimes pour lui administrer le coup de grâce.

Elle le condamne, comme elle les condamne tous deux.

Le professeur Rubek s’insurge.

Irène prononce la sentence de mort de leur amour.

Elle répète qu’il l’a tuée.

Elle n’est plus la femme intacte d’autrefois, c’est pourquoi elle est morte, dit-elle. Après son départ, elle avoue qu’elle s’est prostituée.

Rubek endosse la responsabilité de sa déchéance.

Il n’accepte pas de voir mourir leur amour.

Ils essaient de s’enflammer l’un pour l’autre.

Mais Irène continue de prononcer leur arrêt de mort.

Perdu pour perdu, Rubek veut la prendre une unique et ultime fois.

Elle est aussi fanatisée que lui.

Ils se retrouvent à l’unisson dans leur passion enflammée, dans une certaine forme de fusion.

Pour atteindre le paroxysme, il faut encore monter plus haut.

Des nuages de brouillard descendent sur le décor.

Le professeur Rubek et Irène disparaissent.

De violentes bourrasques se déchaînent et sifflent dans l’atmosphère.

La Diaconesse apparaît en haut de l’éboulis. Elle s’arrête, regarde alentour, silencieuse, aux aguets.

On entend Maja exulter son chant : «  Je suis libre, je suis libre… »

Soudain un vacarme semblable à un coup de tonnerre provient du glacier.

Il descend en glissant : c’est une avalanche qui tourbillonne furieusement.

On distingue vaguement Rubek et Irène tournoyant dans les monceaux de neige où ils sont ensevelis.

La diaconesse pousse un cri, elle étend les bras vers eux et crie : «  Irène. »

Un temps silencieux, puis elle ajoute : «  Pax vobiscum » («  Que la paix soit avec vous »)

La joie et le chant de Maja résonnent depuis le fond du précipice.

Qu’est-ce qui est le plus important dans Quand nous ressusciterons d’entre les morts ? C’est la statue - l’œuvre - de Rubek.

Le décor pourrait être cette œuvre.

Peut-être marchent-ils dessus sans s’en apercevoir ?

Il pourrait s’agir d’un dispositif abstrait, mouvant et modulable, montant et descendant (par un système de vérins ?) avec des pans inclinables et pivotants. Démarrant par une surface plane (la terrasse de la station balnéaire - acte 1), l’ensemble du dispositif pourrait se dresser à mi-hauteur (le plateau intermédiaire de haute-montagne - acte 2) puis à la verticale (les hautes montagnes où se trouvent des crevasses - le final de l’acte 3)

Les personnages fouleraient aux pieds l’œuvre de Rubek sans s’en apercevoir. Les spectateurs ne le sauraient peut-être pas davantage. Chacun en prendrait peut-être conscience et comprendrait peu à peu que le décor a été (est) leur enfant.

«  Le socle, je l’ai agrandi, dit Rubek, il est devenu vaste et spacieux. Et dessus, j’ai posé un morceau de notre terre voûtée, fissurée. Et sortant des failles du sol, des êtres humains aux visages cachés d’animaux [Les bustes ?] fourmillent… »

A la scène finale, lors de leur ascension au sommet, le dispositif (l’œuvre scénographique) pourrait mettre en danger les interprètes «  réellement ». En plus d’être comédiens, ils devraient donc être cascadeurs, acrobates, circassiens…

Jean-Michel Potiron