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Genesis, j’ai envie de parler de théâtre avec vous

Episode 7

Poème dramatique.

« Rappelle-toi… Vivre est un art. »

Progressant dans une nature hostile, sur un glacier dangereux, au mépris des crevasses et des avertissements qu’un paysan et son fils lui lancent, Brand démarre sa pièce comme s’achève Quand nous ressusciterons d’entre les morts.

Un devoir, un appel supérieur, l’anime (Dieu). Cet appel est la carte d’identité génétique de Brand.

Pour Brand, la force qui l’anime est Dieu.

Pour d’autres, cela pourrait être l’art.

Le paysan essaie de le ramener à la raison : « Ne sois pas si raide et si rude ». C’est la deuxième marque d’identité génétique de Brand.

Brand est intraitable. Pour une cause supérieure (le salut du monde, la santé de l’âme de toute l’humanité), il reproche aux hommes de ne pas savoir mettre… leur vie en jeu.

Dès l’entame de la pièce, sur ce glacier, dans ces conditions atmosphériques extrêmes, Brand est celui qui met sa vie en jeu.

Désireux de redresser le réel, de tordre le coup à la fatalité, de forcer le destin, volontariste (c’est sa tragédie), il ne veut pas : « La chose telle qu’elle est, mais telle qu’elle devrait être. »

Le sujet de Brand est : avoir des convictions pour vivre est nécessaire, toutefois, jusqu’à quel point doit-on les défendre ? Réponse de Brand : jusqu’au bout.

Brand est le prêcheur d’une religion que l’auteur n’a pas voulu clairement déterminer.

Oscillant sans cesse entre l’héroïsme et le fanatisme (on pense au fanatisme religieux d’aujourd’hui : Daesch, Al Qaida, etc.), il entre en lutte contre les hommes de son temps.

Il est manichéen, intransigeant. Sa devise est : « Tout ou rien. »

Tout noir ou tout blanc… Il n’y a pas de troisième terme (ou bien… ou bien… œuvre de Kierkegaard), il faut choisir entre l’une et l’autre (Dieu/diable ; ce monde/et l’autre ; vie profane/vie sacrée…)

Il n’y a que deux options : il faut être tout soumis ou toute volonté.

Le compromis est le pire des adversaires.

Brand ne plie devant aucune compromission.

Au nom de ses convictions, il met sa vie en jeu, sacrifie la vie de ses proches et attend que chacun fasse de même.

L’Acte 1 favorise l’exposition de ses convictions, sa première profession de foi, ses premières disputes théologiques et doctrinales, sa première rencontre avec Ejnar/Agnès, sa rencontre avec sa première rivale Gerd (une folle ou un-e troll ?) adepte de la religion panthéiste.

Dans l’acte 2, un homme est en péril, il faut le sauver. La parole de Brand est mise à l’épreuve. Pour être en conformité avec ses convictions, Brand appelle le peuple à l’aide. Une seule personne accepte de le suivre sur ce chemin escarpé : Agnès qui pour l’occasion quitte Ajnar et qui par la suite deviendra la femme de Brand. La dispute entre Brand et sa mère éclate.

Dans l’acte 3, Brand laisse mourir sa mère sans les réconforts de sa religion parce qu’elle ne s’est pas repentie de son avarice. Il laisse mourir son fils également qui aurait besoin de soins et pour lequel il faudrait quitter leur demeure (le presbytère situé au fond d’un fjord où la lumière ne parvient pas et qui est trop humide) parce que s’il s’éloignait de la région perdue où il se trouve, à proximité des habitants qu’il veut « évangéliser », il manquerait, pense-t-il, à son devoir.

Dans l’acte 4, Brand exige de sa femme qu’elle abandonne les effets de leur fils mort (elle doit en faire don à une pauvre bohémienne et à son fils nécessiteux) parce qu’elle doit tout sacrifier. Elle en meurt de chagrin.

Dans l’acte V, sa femme morte, ayant renoncé à tout (à l’amour, à sa femme, à son fils…), Brand s’attèle à sa véritable tâche : apporter aux hommes la nouvelle loi. Avec l’argent du péché qu’il a hérité de sa mère, il fait construire une nouvelle église, mais comme on veut la lui voler, il n’en fait pas la consécration et enjoint le peuple à se passer d’édifice, à le suivre et à célébrer leur religion « hors-les-murs ». Tout d’abord, la foule l’écoute avec enthousiasme, puis se révolte, puis le chasse.

A nouveau, Brand se retrouve seul. Au milieu de la tourmente enneigée, le fantôme de sa femme lui apparaît et lui promet qu’il retrouvera tous ses biens s’il renonce à sa devise : « Tout ou rien. » Mais, Brand ne fléchit point. Gerd apparaît. Par un coup de fusil dans le palais des glaces, elle déclenche une avalanche qui les ensevelit.

Brand, c’est une quinzaine de personnages et une vingtaine ou une trentaine de figurants.

Brand, c’est également des décors panoramiques (« hollywoodiens »).

Acte 1 : Sur le fjeld (plateau rocheux usé par un glacier continental) dans la neige. Brouillard lourd et dense. Temps pluvieux, pénombre. Des failles, le grondement d’une cascade, un rebord de glacier, une avalanche, une pente abrupte, un coucher de soleil, un vent glacé, des montagnes, une paroi rocheuse à proximité d’un gouffre tourmenté, des cimes enneigées, un rocher en saillie, une « église » faite de neige et de glace.

Acte 2 : Le bord d’un fjord (une vallée unique érodée par un glacier avançant de la montagne à la mer qui a été envahie par la mer depuis la retraite de la glace), un golfe s’enfonçant profondément à l’intérieur de la terre. Alentour, des parois abruptes de montagnes. Une vieille église en ruine juchée sur une petite colline. Orage. Le golfe à traverser en barque par temps d’orage et de mer agitée. Puis le fjord calme et brillant.

Acte 3 : Un petit jardin près d’un presbytère, haute paroi de fjeld au-dessus (plateau rocheux usé par un glacier continental), clôture de pierres autour ; le soleil n’arrive jamais jusque-là.

Acte 4 : Pièce sombre dans le presbytère, deux portes, une fenêtre. Petite église.

Acte 5 : Nouvelle église agrandie complètement achevée. Une rivière coulant tout près. Brouillard. Orgue. Foule. Procession. Grandes étendues désertes de montagnes. Pluie. Sur les grands plateaux, plaine enneigée, pics, sommets noirs, fracas, éboulement de roches et de glace…

La réalisation de ces plans larges (le fjord, le golfe s’enfonçant profondément à l’intérieur de la terre, la mer démontée),nécessiteraient des moyens pharaoniques. Au lieu de réaliser ces panoramiques, une mise en scène (qui exigerait elle aussi beaucoup de moyens, mais moindres) pourrait consister en la réalisation de « gros plans ».

La philosophie de Brand étant extrême, puisqu’il s’agit du sujet de la pièce « tout ou rien », les comédiens pourraient être placés - à leur tour - en plans rapprochés - dans des conditions - scéniques - « extrêmes ».

Tempêtes d’eau, vent, neige, bruit, fureur, exiguïté d’espaces, chutes, pénombres, éboulements, fracas, dans cette mise en scène, les comédiens essuieraient toutes les adversités. Ils sortiraient de la pièce (et le public également) complètement essorés…

Jean-Michel Potiron