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Genesis, j’ai envie de parler de théâtre avec vous

Episode 5

Que relate La dame de la mer ?

Une jeune femme Ellida, deuxième femme du docteur Wangel, vit - dans une maison proche de la mer - avec son mari et ses filles (issues de son premier mariage) dans la solitude d’un fjord profond, l’âme tendue vers l’appel troublant de la mer ouverte, à proximité du rivage où elle est née et où elle a grandi (à la façon d’une Ondine, d’une sirène, d’une créature folklorique légendaire et nordique). La mer est pour elle la joie, la liberté et elle a parfois l’impression d’avoir commis un crime inexpiable en quittant l’océan (Ellida est l’océan) pour épouser Wangel qu’elle n’est pas sûre d’aimer (parfois elle s’interroge sur la profondeur de son amour).

De longues années auparavant, elle s’était liée de façon symbolique en présence de la mer (échange d’anneaux jetés dans les flots) avec un marin mystérieux, un homme sans histoire et sans nom qui l’avait séduite et qui avait exercé sur elle une véritable fascination : peut-être était-il l’incarnation de la mystérieuse puissance des eaux ? Parti pour un voyage en mer durant plusieurs années sans plus donner de nouvelles, il lui avait promis de revenir un jour la chercher…

Dans l’intervalle de temps, lasse d’attendre (?), Ellida s’était mariée au Docteur Wangel.

La pièce débute au moment où, par d’insondables voies, Ellida pressent le retour du mystérieux marin. Comme si elle se préparait à l’accueillir et à le suivre, elle confie son secret à son mari. Ce dernier, tout d’abord, refuse l’octroi de la liberté à sa femme et, la croyant malade, essaie avec patience (il est médecin) de la guérir. Face à son insistance, il lutte pour la retenir lors de la première apparition de l’étranger venu la quérir, s’interposant même physiquement (comme un rival) entre l’inconnu (toujours aussi envoûtant) et sa femme.

Le marin se montre cependant si intransigeant, si despotique dans sa demande qu’Ellida hésite.

Lorsque l’étranger apparaît une seconde fois pour emmener Ellida à jamais, le docteur Wangel, maîtrisant sa douleur, laisse libre sa femme de décider et de choisir sa voie. Sa liberté recouvrée, Ellida renonce à quitter son mari et de son plein gré éloigne définitivement l’étranger (toujours aussi fascinant mais finalement bien tyrannique) et les forces obscures qu’il incarne.

Entre l’idéal et le positivisme, qu’est-il préférable de choisir ? Est-il raisonnable (même sujet que Quand nous ressusciterons d’entre les morts) de réveiller des amours - idylliques - de jeunesse ?

Le principal sujet de La Dame de la mer d’Ibsen, c’est l’attente, ou pour mieux dire, l’énormité de l’attente et l’immensité des promesses réelles ou illusoires qu’elle contient.

L’attente de cet homme (fascinant - mystérieux) (dont on ne verrait peut-être jamais le visage) (coiffé d’un chapeau aux larges bords) pourrait se matérialiser dans la mise en scène par le décor. Le décor pourrait être pour Ellida et pour les spectateurs une immense promesse. Positionné dans le prolongement du premier rang des spectateurs, il pourrait consister en une immense aire d’attente, une immense vague, une immense aire d’atterrissage (qui ne servirait à rien la plupart du temps) creusée depuis le bas du premier rang des spectateurs jusqu’au fond de la scène par où, par deux fois, l’étranger arriverait.

Le reste du temps (les trois-quarts de la pièce !), l’action se déroulerait - à la rampe - côté jardin - dans une toute petite aire de jeu (d’à peine 4 mètres sur 4) figurant le logis (le petit intérieur bourgeois) du docteur Wangel et de sa famille.

Grâce au son et aux éclairages, les (deux) arrivées de l’étranger seraient spectaculaires.

Le sujet de La dame de la Mer est le même que dans toutes les autres pièces d’Ibsen : vaut-il la peine de sacrifier toute sa vie à la poursuite d’idéaux (à un idéal ? en l’occurrence ici, à un amour idéal, fût-il de jeunesse ?) dont nous savons (?) qu’ils sont - ces idéaux - inatteignables ? Faut-il courir sans relâche vers l’absolu ? Faut-il aller vers les sommets avec la femme idéale (c’est le sujet de Solness le constructeur et de Quand nous ressusciterons d’entre les morts) que l’on pense aimer pour atteindre (si elle existe) la perfection ? Faut-il tout sacrifier, y compris ses proches ? Faut-il mourir et faire mourir pour ses idées (c’est le sujet de Brand) ?

Jean-Michel Potiron