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Manuscrit du spectacle

« Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre. »

« Un acte poétique, non un spectacle. »

« Acte (plutôt qu’action). »

« Un théâtre clandestin, où l’on viendrait en secret, la nuit et masqué, un théâtre dans les catacombes serait encore possible. »

« Si mon théâtre pue c’est parce que l’autre sent bon. »

« Souffrez donc qu’un poète, qui est aussi un ennemi, vous parle en poète, et en ennemi. »

« Un journaliste déplore qu’un esprit de ma qualité se contente d’un ‘‘cinéma de ghetto’’, que les foules auront peu l’occasion de voir. L’argument ne me convaincra pas : je préfère rester dans l’ombre, avec ces foules, plutôt que de consentir à les haranguer dans l’éclairage artificiel que manipulent leurs hypnotiseurs. » « Un autre jésuite aussi peu doué feint, au contraire, de se demander si dénoncer publiquement le spectacle ne serait pas déjà entrer dans le spectacle ? On voit bien ce que voudrait obtenir ce purisme si extraordinaire : que personne ne paraisse jamais dans le spectacle en ennemi. »

« Les arts futurs seront des bouleversements de situations, ou rien. »

« C’est dans le dépassement des arts que la démarche reste à faire. »

« Les arts commencent, s’élargissent et disparaissent, parce que des hommes insatisfaits dépassent le monde des expressions officielles, et les festivals de sa pauvreté. »

« Il convient de dicter une autre condition humaine. » « Une civilisation complète devra se faire, où toutes les formes d’activité tendront en permanence au bouleversement passionnel de la vie. » « Cette grande civilisation qui vient construira des situations et des aventures. » « L’aventurier est celui qui fait arriver les aventures, plus que celui à qui les aventures arrivent. » « Le divertissement est bien l’attribut de la royauté qu’il s’agit de donner à tous. » « L’attraction souveraine, que Charles Fourier découvrait dans le libre jeu des passions, doit être constamment réinventée. Nous travaillerons à créer des désirs nouveaux, et nous ferons la plus large propagande en faveur de ces désirs. » « Nous sommes ceux-là qui apporterons aux luttes sociales la seule véritable colère. On ne fait pas la révolution en réclamant 25 216 francs par mois. C’est tout de suite qu’il faudrait gagner sa vie, sa vie entièrement terrestre où tout est faisable : on ne saurait rien attendre de trop grand de la force et du pouvoir de l’esprit. »

« Perdre son temps. Gagner sa vie. Toutes les dérisions du vocabulaire. »

« Nous vivons en enfants perdus nos aventures incomplètes. »

« Rien ne peut dispenser la vie d’être absolument passionnante. »

« On ne dira jamais assez aux travailleurs exploités qu’il s’agit de leurs vies irremplaçables où tout pourrait être fait ; qu’il s’agit de leurs plus belles années qui passent, sans aucune joie valable, sans même avoir pris les armes. Il ne faut pas demander que l’on assure ou que l’on élève le ‘‘minimum vital’’, mais que l’on renonce à maintenir les foules au minimum de la vie. Il ne faut pas demander seulement du pain, mais des jeux. Dans le ‘‘statut économique du manœuvre léger’’, défini l’année dernière par la Commission des conventions collectives, statut qui est une insupportable injure à tout ce que l’on peut attendre de l’homme, la part de loisirs – et de la culture – est fixée à un roman policier de la Série Noire par mois. Pas d’autre évasion. La vie est à gagner au-delà. »

« Le vrai problème révolutionnaire est celui des loisirs. Partout on s’est borné à l’abrutissement obligatoire des stades ou des programmes télévisés. C’est surtout à ce propos que nous devons dénoncer la condition immorale que l’on nous impose, l’état de misère. » « Une seule entreprise nous paraît digne de considération : c’est la mise au point d’un divertissement intégral. » « Le temps de vivre ne manquera plus. »

« Nous ne souhaitons pas tenir le rôle d’amuseur dans les solennités, littéraires ou autres, de ce régime. » « Nous ne goûtons plus guère les charmes du tapage inoffensif. »

[Textes vidéo]

« A reprendre depuis le début. »

« Bientôt sur cet écran
La société du spectacle
Et ultérieurement partout ailleurs
Sa destruction »
La société du spectacle

« Principale production de la société actuelle, le spectacle se soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis. Il n’est rien que l’économie se développant pour elle-même. Le spectacle dans la société correspond à une fabrication concrète de l’aliénation. L’expansion économique est principalement l’expansion de cette production industrielle. Ce qui croît avec l’économie se mouvant pour elle-même ne peut être que l’aliénation qui était justement dans son noyau originel. L’indépendance de la marchandise s’est étendue à l’ensemble de l’économie sur laquelle elle règne. L’économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l’économie. »

[Montage vidéo discordant, micro-séquences brouillées d’archives de films debordiens : la petite fille des Andes, Franc-Olivier Gisbert disant à Pollac au sujet des Commentaires sur la société du spectacle : « Je vais vous dire pourquoi ce livre, quoique légèrement jargonneur, je ne l’aime pas. » Un journaliste demandant à un adolescent en déperdition : « Mais qu’est-ce que tu vas faire plus tard, si tu ne sais pas lire ? » Images de Tiennamen…]

Le livre de Jacques Rancière : Le maître ignorant.

« Définitions de La société du spectacle selon Guy Debord : Est-ce l’apparence qui l’emporte sur le fond ? Le paraître sur l’être ? Le factice sur l’authentique ? Le faux sur le vrai ? L’image sur la réalité ? Le superficiel sur le profond ? La valeur d’échange sur la valeur d’usage ? Le superflu sur le nécessaire ? Est-ce notre amour de l’événement, de l’actualité, du direct ? Le refus du différé, de l’analyse, de l’étude ? Le primat du contemplatif sur l’actif  ? Le fait que nos opinions autant que nos révoltes sont devenues des marchandises ? Est-ce le capitalisme poussé jusqu’à l’extrême ? Le capitalisme concentré ? Le règne autocratique de l’autonomie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne ? »

« Hurlements en faveur de Sade a été réalisé en juin 1952. C’est un long métrage complètement dépourvu d’images, constitué seulement par le support de la bande-son. Ce support donne un écran uniformément blanc durant la projection des dialogues. Les dialogues, dont la durée totale n’excède pas une vingtaine de minutes, sont eux-mêmes dispersés, par courts fragments, dans une heure de silence (dont vingt-quatre minutes d’un seul tenant constituent la séquence finale). Durant la projection des silences, l’écran reste absolument noir ; et, par voie de conséquence, la salle. Les voix entendues, toutes inexpressives, sont celles de G. J. W, G. D., S. B., B. R., J.-I. I.. Le film ne comporte aucun accompagnement ou bruitage. Les deux premières répliques constituent seules le générique. Le contenu de ce film se présente comme une négation et un dépassement de la conception isouïenne du ‘‘cinéma discrépant’’. La première présentation de Hurlements en faveur de Sade, à Paris, le 30 juin 1952, au ciné-club d’Avant-Garde, dans les locaux du musée de l’Homme, a été interrompue presque dès le début, non sans violences, par le public et les dirigeants de ce ciné-club… »


« Silence de vingt-quatre minutes, durant lequel l’écran reste noir. »

« On s’en souviendra de cette planète. »

« Le but principal de l’idéologie de la classe dominante est la confusion. Dans la culture, les procédés confusionnistes sont l’annexion partielle des valeurs nouvelles et une production délibérément anticulturelle avec les moyens de la grande industrie (roman, cinéma), suite naturelle à l’abêtissement de la jeunesse dans les écoles et les familles. L’idéologie dominante organise la banalisation des découvertes subversives et les diffuse largement après stérilisation. Elle réussit même à se servir des individus subversifs : morts, par le truquage de leurs œuvres ; vivants, grâce à la confusion idéologique d’ensemble, en les droguant avec une des mystiques dont elle tient commerce. » « Une des contradictions de la bourgeoisie, dans sa phase de liquidation, se trouve être de respecter le principe de la création intellectuelle et artistique, de s’opposer d’emblée à ces créations, puis d’en faire usage. » « C’est qu’il lui faut maintenir dans une minorité le sens de la critique et de la recherche, mais sous condition d’orienter cette activité vers des disciplines utilitaires strictement fragmentées, et d’écarter la critique et la recherche d’ensemble. » « Notre action sur le comportement, en liaison avec les autres aspects souhaitables d’une révolution dans les mœurs, peut se définir sommairement par l’invention de jeux d’une essence nouvelle. Le but le plus général doit être d’élargir la part non médiocre de la vie, d’en diminuer, autant qu’il est possible, les moments nuls. » « Nous devons tenter de construire des situations, c’est-à-dire des ambiances collectives, un ensemble d’impressions déterminant la qualité d’un moment. » « La construction de situations commence au-delà de l’écroulement moderne de la notion de spectacle. » « La situation est faite pour être vécue par ses constructeurs. »

[Voix de Debord.] : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. » « Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le cœur de l’irréalisme de la société réelle. » « Considéré selon ses propres termes, le spectacle est l’affirmation de l’apparence et l’affirmation de toute vie humaine, c’est-à-dire sociale, comme simple apparence. »

« Estimant qu’il est temps d’en venir à construire des situations complètes ; rejetant les moyens fragmentaires et usés de l’expression artistique, nous pouvons être des agitateurs. » « Nous pouvons être des agitateurs. Jamais les juges ou les avocats aux tribunaux comiques du goût contemporain. »

« Constant, rejetant le procès faussé de la compréhension – [en disant] « un art populaire ne peut pas correspondre actuellement aux conceptions du peuple, car le peuple tant qu’il ne participe pas activement à la création artistique, ne conçoit que des formalismes imposés » – exprime au contraire l’essentiel de nos intérêts : « nous ne voulons pas être ‘‘compris’’ mais être libérés. »

« La poésie est de plus en plus nettement, en tant que place vide, l’antimatière de la société de consommation, parce qu’elle n’est pas une matière consommable (selon les critères modernes de l’objet consommable : équivalent pour une masse passive de consommateurs isolés). » « Une masse de poésie est normalement conservée dans le monde. Mais il n’y a nulle part les endroits, les moments, les gens pour la revivre, se la communiquer, en faire usage. » « Qu’est-ce que la poésie, sinon le moment révolutionnaire du langage, non séparable en tant que tel des moments révolutionnaires de l’histoire, et de l’histoire de la vie personnelle ? » « L’information, c’est la poésie du pouvoir (la contre-poésie du maintien de l’ordre), c’est le truquage médiatisé de ce qui est. » « A l’inverse, la poésie doit être comprise en tant que communication immédiate dans le réel et modification réelle de ce réel. Elle n’est autre que le langage libéré, le langage qui regagne sa richesse et, brisant ses signes, recouvre à la fois les mots, la musique, les cris, les gestes, la peinture, les mathématiques, les faits. » « Retrouver la poésie peut se confondre avec réinventer la révolution. Entre les périodes révolutionnaires où les masses accèdent à la poésie en agissant, on peut penser que les cercles de l’aventure poétique restent les seuls lieux où subsiste la totalité de la révolution, comme virtualité inaccomplie mais proche, ombre d’un personnage absent. » « De sorte que ce qui est appelé ici aventure poétique est difficile, dangereux, en tout cas, jamais garanti (en fait, il s’agit de la somme des conduites presque impossibles dans une époque). » « On peut seulement être sûrs de ce qui n’est plus l’aventure poétique d’une époque sa fausse poésie reconnue et permise. »

« Tous ceux qui s’inquiètent ou s’émerveillent devant cette culture de masse qui, à travers les mass-media unifiées planétairement, cultive les masses et en même temps ‘‘massifie’’ la ‘‘haute culture’’, oublient seulement que la culture, même haute, est maintenant enterrée dans les musées, y compris ses manifestations de révolte et d’autodestruction. » « La loi actuelle est que tout le monde consomme la plus grande quantité possible de néant ; y compris même le néant respectable de la vieille culture parfaitement coupée de sa signification originelle (le crétinisme progressiste s’attendrira toujours de voir le théâtre de Racine télévisé, ou les Yakoutes lire Balzac). » « Aujourd’hui la population est soumise en permanence à un bombardement de conneries. »

« Les spectateurs ne trouvent pas ce qu’ils désirent ; ils désirent ce qu’ils trouvent. »

« Il n’y a nulle part d’accès à l’âge adulte : seulement la transformation possible, un jour, de cette longue inquiétude en sommeil mesuré. C’est parce que personne ne cesse d’être tenu en tutelle. »

« On leur parle toujours comme à des enfants obéissants, à qui il suffit de dire : ‘‘il faut’’, et ils veulent bien le croire. »

« La question n’est pas de constater que les gens vivent plus ou moins pauvrement ; mais toujours d’une manière qui leur échappe. »

« Je ne sais pas si, après nous être sentis pleinement des hommes, nous pourrons accepter d’être des animaux domestiques. »

« On s’est demandé : ‘‘La vie privée est privée de quoi ?’’ » « Tout simplement de la vie, qui en est cruellement absente. » « Les gens sont aussi privés qu’il est possible de communication ; et de réalisation d’eux-mêmes. Il faudrait dire : de faire leur propre histoire, personnellement. » « La question de l’intensité du vécu est posée aujourd’hui. » « Maintenant, si l’on envisage la facticité des besoins de la consommation que crée de toutes pièces et stimule sans cesse l’industrie moderne – si l’on reconnaît le vide des loisirs et l’impossibilité de repos – on peut poser la question d’une manière plus réaliste : qu’est-ce qui ne serait pas du temps perdu ? » « Autrement dit : le développement d’une société de l’abondance devrait aboutir à l’abondance de quoi ? »

« En fait, nous voulons que les idées deviennent dangereuses. »

« Nous ne voulons pas travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle. »

« Nous ne sommes encore qu’une avant-garde : d’autres arrivent. Nous sommes un cauchemar dont le sommeil de la culture ne se débarrassera plus. »

« Le vide des loisirs est le vide de la vie dans la société actuelle. »

« Cette culture vide est au cœur d’une existence vide. »

« Nous sommes contre la forme conventionnelle de la culture, même dans son état le plus moderne ; mais évidemment pas en lui préférant l’ignorance, le bon sens petit-bourgeois du boucher, le néo-primitivisme. Nous sommes pour la culture, bien entendu, contre un tel courant. Nous nous plaçons de l’autre côté. Non avant elle, mais après. Nous disons qu’il faut la réaliser, en la dépassant en tant que sphère séparée ; non seulement comme domaine réservé à des spécialistes, mais surtout comme domaine d’une production spécialisée qui n’affecte pas directement la construction de la vie – y compris la vie même de ses propres spécialistes. »

« Renoncer à revendiquer le pouvoir dans la culture serait laisser ce pouvoir à ceux qui l’ont. »

« La route du contrôle policier parfait de toutes les activités humaines et la route de la création libre infinie de toutes les activités humaines est une : c’est la même route des découvertes modernes. Nous sommes forcément sur la même route que nos ennemis – le plus souvent, les précédant – mais nous devons y être, sans aucune confusion, en ennemis. »

« Chaque fois que je me vois approuvé par des gens qui devraient être mes ennemis, je me demande quelle faute ils ont commise, eux, dans leurs raisonnements. »

« On sait que cette société signe une sorte de paix avec ses ennemis les plus déclarés, quand elle leur fait une place dans son spectacle. »

« Le monde de la guerre présente au moins l’avantage de ne pas laisser de place pour les sots bavardages de l’optimisme. On le sait bien, à la fin tous vont mourir. Quelque que belle que soit la défense en tout le reste, comme s’exprime à peu près Pascal, ‘‘le dernier acte est sanglant’’ ».

« Nous sommes des artistes par cela seulement que nous ne sommes plus des artistes : nous voulons réaliser l’art. » « Nous refusons absolument les disciples. » « Nous ne nous intéressons qu’à la participation au plus haut niveau. » « Et à lâcher dans le monde des gens autonomes. » « Par ailleurs, il va de soi que nous soutenons inconditionnellement toutes les formes de la liberté de mœurs, tout ce que la canaille bourgeoise ou bureaucratique appelle débauche. »

[Extrait du film de Nikita Mikalhov, Partition inachevée pour piano mécanique]

[Trois panneaux de Guy Debord]

DEPASSEMENT DE L’ART

REALISATION DE LA PHILOSOPHIE

TOUS CONTRE LE SPECTACLE

Montage établi par Jean-Michel Potiron,
le 11 novembre 2008

Bibliographie